Qui est-il ?

Thierry Pétrel.

Quand il épie les autres, pour qui se prend-il ?

Le meilleur.

Quand il vend, que se dit-il ?

Ils ont de la chance.

Quelle chance ?

La chance que Thierry est mis son intelligence au service de l’honnêteté.

Un jeu. Une piste. Il n’a pas trouvé parmi l’ensemble des habitants du quartier lequel avait acheté une voiture de sport. Il regarde souvent par la fenêtre, mais il ne voit pas dans la rue qui a pu acheter une voiture de sport.

Il regarde pardessus les haies. Ce doit être  à quelques rues d’ici.

Trouver l’homme à la voiture de sport pourrait tout faire basculer.

Cette voiture, il l’a aperçue quatre fois puis elle a disparu. Il l’a aperçue en arrivant de Valence avec Blanc, en faisant le tour du quartier, en revenant de la morgue et en partant le soir saluer sa mère.

Quatre fois à la même place.

Ce matin, il ne l’a pas vue. Hier matin il ne l’a pas vue. Ni l’avant-veille. Ni le jour d’avant. Ni les jours précédents.

Quatre fois.

Il n’a pas rêvé.

Il aurait pu se dispenser de retourner dans le quartier du Moussi. Les absents d’hier ne sont pas réapparus et sa mère s’est mise à pleurer.

Il a passé une journée sans vendre.

Quand il a raconté ça à Blanc, il l’a pris très au sérieux, il lui a dit si vous m’aviez demandé conseil, je vous aurai dit comment faire pour retrouver cette voiture.

L’ampleur de la tache l’empêche de réfléchir.

Une bagnole. Pourquoi se focaliser sur une bagnole ?

Il regarde dans chaque rue. Il procède méthodiquement. Il sait que les portes des garages sont fermées. Il ne comprend pas pourquoi on voudrait dissimuler cette voiture, ni pour quelle raison il tient tant à savoir qui possède cette voiture.

Une bagnole. Juste une bagnole.

Il l’a vue quatre fois et depuis rien du tout. Quatre fois de façon rapprochée et plus rien. Il a ce mauvais pressentiment. Ce mauvais pressentiment qui ne le quitte pas, qui ne le quitte plus.

Relativiser.

Vite.

Après tout ce que lui définit comme un mauvais pressentiment n’est juste qu’un voile chez les autres. Il compte jusqu’à cinq. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. L’ombre a disparue. Il a retrouvé cette joie qui fait de lui le meilleur des vendeurs.

Je m’appelle Thierry Pétrel. Je vends.

Il a tout vendu. Tout et n’importe quoi. Par tous les moyens. Par des biais détournés. Thierry Pétrel évolue dans un monde mercantile. Tout s’achète. Tout se vend.

Des maisons. Transaction plus longue que ce qu’il a l’habitude de faire. Une poignée de mains. Là, il en faut plus. Beaucoup d’intervenants. Il ne peut pas faire sa soupe.

Il est le meilleur des vendeurs. Il n’y arrive pas. Sa période d’essai arrive à échéance. Il n’a toujours pas vendu sa première maison.

Il se lance dans ce secteur parce qu’il rêve de vacances au soleil. Marre de devoir compter. Marre d’être empêtrer dans une morale qui ne désavantage que lui.

Le soleil écrasant.

La canicule.

Sa jolie femme.

Il fatigue. Il se déshydrate. Il perd conscience.

Par tonton charlie
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La journée d’Arnaud commence avec un cocktail de vitamines dans son verre de jus d’orange. Agrémenté d’une dose de Guronsan. Après il avale un Prozac. Avant sa première réunion de travail, il se gave de comprimés d’Avlocardyl. Pour tenir le coup, si la soirée au bureau se prolonge, il prend de l’Olmifon.

Chez lui un Stilnox l’aidera à s’endormir et un Mogadon l’aidera à bien dormir.

L’armoire à pharmacie d’Arnaud déborde d’anxiolytiques, d’antidépresseurs, d’hypnotiques et de psychotropes.

Il connait les noms et les effets de tous les produits que contient son armoire.

Il est incollable.

Il a des centaines de boites en réserve.

Il a commencé à l’école de commerce. Non. Il a commencé avant. Au collège. Rien de bien méchant. Pour la circonstance.

Il a amplifié sa consommation dès son premier salaire. Sa consommation s’est quintuplée avec l’arrivée d’Internet. Ce que ne délivrent ni le pharmacien, ni le médecin, peut se trouver sur internet. Arnaud a eu la tentation de vendre.

Le but ?

Être le plus fort. Etre le plus beau. Etre le plus performant. Dans tous les moments de la vie. En compagnie de tous.

Etre plutôt que devenir.

« Je crains de ne pas être à la hauteur »

Son cœur, son foie, ses reins dégustent. Arnaud le sait. Des troubles psychologiques sont apparus. Altération des réflexes, perte de vigilance, perte de mémoire. Passé la phase de l’usage, pendant laquelle il a bénéficié des avantages, celle de l’abus a surgi.

Il a basculé dans la dépendance.

Ce que ces produits vous promettent.

Il serait con de s’en passer.

« Au fond, pourquoi s’en priver si je sais qu’un petit cachet empêche de se sentir mal. » L’hypertension. Le trac. L’angoisse. Disparus à jamais !!! Car, chouette, le stress envolé.  Et, de temps en temps, s’offre à lui, la possibilité de se déconnecter de la réalité.

Anxiolytiques, hypnotiques, bêtabloquants. Jolis noms.

Témesta, Lexomil, Valium, Xanax, Donormyl, Stilnox, Imovane, Mogadon, Noctamide, Avlocardyl, Lopressor, Sectral, Tenormine. Comme vous êtes doux à mon oreille.

Ils annihilent la fatigue. Diminuent la sensation de fatigue.

Les anabolisants stimulent la croissance des tissus musculaires pour améliorer l’apparence physique. Il reste jeune.

Les amphétamines modifient l’humeur et renforcent l’énergie.  Il est de bonne humeur.

Les corticoïdes ont un effet excitant et suscitent l’euphorie. Il a la pêche.

Les dérivés opiacés peuvent avoir un effet excitant ou sédatif selon la dose et l’individu. Tout va bien pour moi, merci !

Guronsan, Adrafinil, Olmifon, Modafinil, Modiodal, Vitamine C, Sargenor, Androtardyl, Pantestone, Xenical, Viagra, Cialis, Levitra, Piracétam, Nootropyl, Axonyl, Gabacet, Géram, Prozac, Deroxat, Zoloft Solupred, Célestène, Cortancyl, Néocodion, Di-Antalvic, Arcalion, Cogitum.

Accoutumance et, pour certains, excitation et insomnie. Agitation, insomnie, palpitations cardiaques. Agressivité, agitation, confusion et insomnie. Et anorexie. Troubles cardiovasculaires et de la vision. Troubles de conduction cardiaque. Dépression. Troubles métaboliques. Ulcère. Diabète. Excitation et insomnie.

Sur le Net, il trouve tout et n’importe quoi.

Rares ou interdits en France, certains produits sont faciles à dénicher sur des sites suisses ou américains.

Mélatonine pour mieux supporter les décalages horaires, Anorex ou Modératan utilisés comme coupe-faim, ou encore la DHEA, contre le vieillissement, ont pris leur place dans l’armoire à pharmacie d’Arnaud.

Par tonton charlie
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Déambulant entre les incinérateurs, vacillant, sous le regard ébahi et effaré des ouvrières, pénètre dans l’atelier par la porte principale, la porte des camions comme l’appelle les ouvrières, Joseph. Avenue du Maréchal Foch.

Déboussolé. Nonchalant. Sans volonté.

Un bonnet rouge sur la tête.

Sans écharpe autour du cou, alors que le vent du nord souffle comme jamais depuis une semaine. Lui qui a pour habitude de porter souvent une écharpe – même en été – se retrouve sans, tellement la nouvelle de son licenciement l’a déconsidéré.

Un soir d’hiver. En plein hiver.

Le contremaître lui a dit à partir de demain, on veut plus te voir.

– Tu vas recevoir une lettre…

Il n’a pas compris. C’est une fois chez lui qu’il a réalisé qu’il n’avait plus rien. Une fois la lettre entre ses mains. Dans la misère. À Kinshasa il était quelqu’un, l’équivalent de Franco, du docteur Nico, du grand Kalle. Pourtant, comme ici, il était un étranger, un chef d’orchestre de Bamako. À Kinshasa, avec sa guitare, il était quelqu’un. Des gens venaient de toute l’Afrique danser avec lui. Un gars qui jouait avec Sam Mangwana. Avec Wendo Kolosoy. Jeannot Bombenga. Le Trio Madjesi. À Kinshasa, en compagnie de Joseph, se déhancher signifiait quelque chose.

Depuis qu’il était en Europe, on lui crachait dessus. Personne ne l’avait averti que le voyage à Bruxelles était une erreur.

Depuis qu’il est en Europe, il n’est plus un musicien.

Le contremaître affolé, averti par le délégué syndical – le sans papier est là – vient à sa rencontre. Je vais tout prendre alors que je n’ai rien fait. Sous le regard méprisant des ouvrières, minuscule homme potelet, le contremaitre affolé se retrouve impuissant pour l’arrêter. Ses appels à l’aide sont couverts par le bruit des machines.

Après tout, cherchant à être promu, le contremaître affolé a voulu ce type d’ennui.

– Que veux-tu, Joseph ?

Voir le patron. Lui comprendra. Il sait que depuis qu’il est en France, il est un bon ouvrier.

Le contremaitre rigole. Le patron a disparu. Envolé. Joseph devrait savoir que le directeur sévit ailleurs.

Joseph perd la notion de l’espace, il ne sait plus où se diriger. Les éléments se déchainent contre lui. Dernier sursaut d’énergie. Joseph attrape le cou du contremaitre pour l’étrangler.

Après l’avoir sérieusement amoché et, dans un geste mécanique, sa main serrant sa gorge, plaqué contre le mur le contremaître affolé, Joseph défaille. Ses jambes flanchent d’un coup, comme s’il avait reçu une décharge de Taser. Deux ouvrières, mères de famille d’une quarantaine d’années, bras de chemise relevés, le soutiennent jusqu’au bureau du contremaître.

Le contremaitre souffre d’ecchymoses mais les mères de familles s’en foutent. Faut que le directeur vienne ; appelle le directeur. Le contremaitre ricane. Jamais le directeur ne se déplacera.

– Alors, dis-leur d’envoyer quelqu’un.

En attendant l’arrivée du directeur, ou d’un membre de la direction, le délégué syndical, poussé par les ouvrières furieuses, tente de discuter avec Joseph.

Joseph est en état de choc. Il ne cesse de demander si l’usine est sa maison.

Le délégué syndical téléphone à sa famille, à sa sœur qui immédiatement prévient qu’elle ne pourra pas s’occuper de son frère. Son refus déclenche une violente dispute avec le contremaître et la secrétaire, permettant à Joseph, oublié des autres, de quitter le bureau en catimini pour disparaître de la circulation. Il court se cacher dans une maison abandonnée qu’il a repérée.

On constate sa disparition.

On hésite à le chercher.

Le boulot attend.

On ne fait rien. Mieux vaut pour tout le monde que Joseph soit parti de lui-même.

Par tonton charlie
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Le Soap Opera est-il meilleur au Mexique qu’en Australie ?

Le remariage, l’union maritale si tu préfères, est très tendance… de par le monde. Expression adéquat. De par le monde.

– Ecoute, chacun de vous porte à part égale la responsabilité de cet échec.

Comprendre : c’est un discours de façade. Celui qui parle sous-entend, moi, je dirai que tu es plus responsable qu’elle. You are the Responsable, avec une majuscule. Je dirai que ça se mesure à presque rien, pas grand chose en fait, mais ça légitime le fait que je me remarie avec ta femme. On ne va pas en reparler, autrement, on se disputerait à nouveau.

Ils se savent très violent.

Donnons-lui une nouvelle chance ! Elle le mérite, n’est-ce pas ?

Le remariage est très tendance. Le remariage avec sa belle-sœur l’est un peu moins.

Le Soap Opera est-il plus suivi au Mexique qu’en Australie ?

En fait la femme de son frère. Will fut séduit dès leur première rencontre. Un geste biblique. Un frère qui n’est pas vraiment un frère, un remariage qui n’est pas un véritable mariage. La cérémonie à l’église a été occultée. La robe de couleur écrue est simple, sans voile, sans chapeau, sans bouquet, sans jupon et crinoline. N’a lieu qu’un consentement et un banquet hivernal se déroulant entre intimes dans un restaurant chic au milieu des vignes de Californie, avec ses cousines préférées, soit presque personne, et leurs collègues de boulot, Trevor.

A leurs âges, on a perdu tous ses amis d’enfance.

Un truc sans joie au lieu de consentements échangés face à l’océan.

Désormais, elle se fait appeler Becky.

Pour l’éternité, elle se fera appeler Becky.

– Qu’est-ce que je peux y faire, répond d’un air faussement désinvolte, le nouveau marié quand on lui expose le coté contre-nature de sa future union.

Ses enfants seront les cousins et les frères des prochains, ses neveux seront encore ses neveux. Tu garderas la même belle-mère. Ce sera comme un inceste légalisé !

– Que puis-je y faire, c’est l’amour, et j’y mètrerai, si je le pouvais un A majuscule. De toute façon, tu n’y connais rien, répond sérieusement le nouveau marié, comment peux-tu parler avec moi d’Amour avec un A majuscule, d’amour véritable si je compare ta morne existence à la mienne ?

Le Soap Opera dure-t-il plus longtemps au Mexique qu’en Australie ?

Pour tous ceux qui sont venus, la mariée était belle, plus belle qu’à son premier mariage. Je sais, j’y étais. Nous étions des millions. Je vous rappelle qu’elle est et restera la femme de son frère, car le jour de son premier mariage, elle voulait déjà être avec Will. En visionnant les bandes, on peut le lire dans ses yeux.

Elle voulait être actrice.

On l’appelait encore Rebecca.

Il serait dommage qu’elle s’abîme, qu’un autre en profite, qu’elle se rende compte de son erreur, alors elle ne doit plus vivre, elle n’est plus la fiancée de l’Amérique, ou du Brésil, ou du Mexique, ou de quelconque contrée exotique, mais il ne peut en être autrement, à la sortie de ce nouveau mariage, elle ne peut que mourir dans un accident de la circulation, les spectateurs ne voudraient pas qu’elle se transforme en grand-mère.

Le frère de Will n’a rien à dire. Il ne peut rien dire. Son passif est trop lourd.

Le Soap Opera est bien une création américaine.

Par tonton charlie
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Ils l’ont dit. A la télé, ils l’ont dit. Avec le réchauffement de la planète, de plus en plus, les étés seront chauds. Comme en 2006. Chaud en juillet, froid en août. Chaud en juillet, froid en août, chaud en septembre à cause de la disparition du « golf string ».

On ne dit pas « golf string ». On dit Gulf Stream.

Nonobstant.

Le climat se dérègle !

– Si c’est vrai, moi, je vais prendre mes vacances en septembre, moi. T’es plus tranquille en septembre qu’en juillet. Tant pis pour les gosses, ils iront chez leurs grands-parents ou en colo, et puis, des vacances sans eux, c’est vraiment des vacances !

Elle a bien conscience que cela ne suffit pas. Cela ne suffit pas à faire croire qu’elle est indépendante. Si elle ne prend pas de vacances, c’est qu’elle ne peut pas partir en vacances.

Il faut faire les saisons. Restauration.

Elle le sait. Pour s’en sortir, elle n’a pas énormément de choix. Comme serveuse, ça roule pour elle. Comment ça s’est fait ? Un premier boulot. Des connaissances. Des liens. Rien d’autre en vue. On continue.

Elle est la plus décalée des décalés. Heureusement. Elle ne se sent pas seule. Elle s’habitue. Accumuler, truander. C’est un concept.

Surnager.

Ou.

Se laisser porter.

C’est son sentiment.

Tu sais, dans le monde, des gens sont trop payés. Redondance. Elle a parlé de la montée des eaux. Elle continue avec l’aggravation des inégalités. Redondance. Il sait que tout va mal. Mais il ne peut plus l’écouter.

Il a changé de fréquence de radio. Il n’écoute pas la radio.

Mais elle.

Il ne peut pas s’en débarrasser.

Il ne trouverait pas mieux.

Elle se fatigue. Elle n’a plus de vie de famille. Ils ont acheté cette maison à bas prix. A cause de la proximité de l’usine d’incinération.

Tous ces trucs écologiques vous  font rire jusqu’à ce que le verdict vous tombe dessus. Empoisonnement des enfants. Le docteur a sorti vous ne saviez pas ? Les enfants risquent gros. Cancer et  insuffisance rénale. Séquelles psychologiques.

La sentence.

Si vous ne déménagez pas cela peut s’aggraver. Les enfants toujours malades, les enfants qui ne digèrent plus, blancs comme des linges. Le généraliste qui dit faut demander l’avis d’un spécialiste. Avec leur emploi du temps, à lui et à elle, compliqué de trouver un rendez-vous qui convienne à tout le monde. Et c’est pas fini ! Le pire. Il faut les soigner. S’occuper d’eux. Elle fait les saisons. Il travaille soixante-dix heures par semaine.

Première étape. Se débarrasser des enfants. Les envoyer chez les grands-parents. L’assistance sociale s’en mêle. Vos enfants ne vont plus à l’école. Mauvaise mère. Je vais demander au juge de vous les enlever. Incroyable !

Vendre. Vendre à bas prix. Vendre sans remord. Vendre sans rien dire. Vendre sans s’étendre sur les circonstances qui poussent à vendre.

A quatre dans quarante mètres carrés. Les enfants dans la même chambre. On ouvre les fenêtres, on respire l’air de la montagne. On emmène les enfants se soigner dans l’hôpital à une heure de là.

Les transports répétés en voiture sont dangereux pour la santé.

On mange bio. Parait que manger bio peut être dangereux pour la santé.

Par tonton charlie
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